Air Madagascar – 15 ans plus tard [Part 2]

Lire Air Madagascar – 15 ans plus tard [Part 1]

Un vain espoir

Fin Septembre 2012, l’assemblée générale se réunit. Au vu de la perte pharaonique de l’année d’exercice précédent (2011), elle contre-attaque avec une série de mesures pour redresser la situation. Elle parie sur un retour à une situation viable en 18 mois.

On se souvient encore du communiqué envoyé à la presse, traçant la direction que la société va prendre pour les années à venir.

 « L’assemblée générale a statué et voté la continuité des activités de la compagnie accompagnée de la restructuration de son capital. L’arrêt de l’activité d’Air Madagascar aurait eu des répercussions sociales extrêmement graves auprès de ses 1300 salariés, de ses fournisseurs, et de l’ensemble de ses partenaires. Il a donc été décidé de préserver les emplois et de sauvegarder le patrimoine national et faire en sorte que la restructuration du capital dont il est question aujourd’hui, soit le socle d’un renouveau pour Air Madagascar. »

Voir l’article de La Gazette.

Nourris de bonne volonté, motivés pour sauver le patrimoine (et donc le prestige) mais aussi pour faire du social (ne pas virer les 1300 employés), les membres prennent donc la direction d’une restructuration du capital pour essayer de stabiliser la chute (libre ?).

Le plan de redressement prévoyait donc deux étapes :

    1.   Consolidation du réseau et désenclavement du pays.
    2.  Ouverture de nouvelles lignes longs courrier en plus des lignes déjà existantes.

Etapes qui reposaient elles-mêmes sur cinq leviers (et sur une aide financière de l’Etat) :

    1. La redynamisation  de la relation client et la revalorisation de la marque autour du développement durable.
    2. La consolidation du réseau existant.
    3. L’assainissement technique.
    4. L’assainissement financier.
    5. Une organisation orientée performance.

Dans les mois qui suivirent, l’équipe dirigeante n’a pas lésiné en effort pour tenir la « feuille de route » : Notes de travail, recadrage, communication et promotion, etc. Mais même le remplacement des Airbus A340, jugés trop consommateurs, début 2013 par des Airbus A330  n’a fait que retarder l’inévitable : la fin était proche.

Les divers surcoûts et l’incapacité de l’Etat à tenir sa promesse (il était alors occupé à préparer les élections de 2013) – on retient notamment les frais liés à la location des Airbus (loyer, salaires des pilotes étrangers, formation du personnel Air Madagascar) –  ont finit par plomber les finances et la crédibilité de la compagnie. Les certifications aéronautiques durement acquises ont sautées une à une. Finalement, en Juin 2013, Air Madagascar avait perdu le droit d’effectuer les grosses maintenances de sa flotte.

A la fin de l’année 2013, les pertes ont été telles que le nouveau gouvernement fut face à un dilemme cornélien : Fermer ou privatiser. Dans tous les cas, une page de l’histoire d’Air Madagascar se tourne.

Un nouveau départ

A la fin de l’année 2013, le bilan est sans équivoque : Ou la compagnie ferme, ou l’Etat vend ses parts. En sortie de crise, avec d’autres « priorités » l’Etat fut jugé inapte pour aider financièrement Air Madagascar. Les mauvaises langues dirent à l’époque que les rats, sentant le navire couler sans possibilité d’être sauvé,  décidèrent d’abandonner le navire.

Le scandale et les grèves qui s’en suivirent furent une des périodes les plus noires de la compagnie aérienne ex-nationale.

En décembre 2013, l’Assemblée Générale, réunit en session extraordinaire, ont finalement choisit la voie de la privatisation. Le gouvernement lance donc un appel d’offre pour le rachat d’Air Madagascar.

Les mois qui suivirent montrèrent malheureusement le peu de potentiel restant : Aucune proposition n’est reçu. Finalement, en Avril 2014, Air China, membre de Star Alliance (qu’Air Madagascar voulait initialement intégrer l’année précédente) propose un rachat pour 65% de la valeur de la compagnie.

Les médias et certains politiciens de l’opposition ont alors criés au vol, et à l’arnaque. Le prix dérisoire proposé par la compagnie chinoises a nourri les critiques les plus vigoureuses sur le capitalisme à la chinoise. Mais le gouvernement, acculé, n’eut d’autres choix que d’accepter l’offre. Après tout, il valait mieux perdre un peu d’argent et sauver la société que faire la fine bouche et mettre au chômage 1300 personnes. Une clause du contrat de vente fut d’ailleurs le maintien des postes.

Air China, le nouvel acquéreur.

En Juin 2014, l’achat est entériné dans un climat social tendu. La plupart des malgaches voyaient d’un mauvais œil cette vente à une puissance étrangère. Pour beaucoup, le vol de richesses continue et cette vente n’est que la première. On se souvient encore des « ventes » de terre qui ont entraîné la chute du président Ravalomanana. Les observateurs internationaux redoutaient alors un « bis » des crises de 2002 et 2009.

Certaines manifestations racistes surgissent même à Behoririka où les shopping-centers chinois sont menés à sac et affublés de tag « sinoa doza », « mpangalatra fanànana », etc. Les manifestations anti « Air Chinascar » se multiplient dans la capitale. L’ambassade de Chine finit même par ordonner à ses ressortissants de rester discrets le temps que les esprits se calment.

Afin de calmer le jeu, la direction d’Air China décide de placer un ressortissant malgache à la tête de la compagnie : Hery Laynandrasana. Il mènera alors une stratégie prouvant le vers de La Fontaine : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point »

 L’homme qui sauva Air Madagascar

Hery Laynandrasana a quitté Madagascar, son bacc en poche, au début des années 2000. Contrairement à ses camarades qui choisirent la France, le Canada ou les Etats-Unis pour poursuivre leurs études, Hery choisit l’Université de Pékin et intègre le « College of Engineering » au département aéronautique.

Diplômé en 2006, il intègre la division technique d’Air China où il gravit petit à petit les échelons pour devenir chef du service maintenance en 2011.

En 2014, lors de l’achat d’Air Madagascar par Air China, ses haut faits au sein de la compagnie chinoise, ainsi que ses origines malgaches (y voyant un moyen d’apaiser les tensions à Madagascar) font de lui le parfait candidat pour la direction de la nouvelle filiale : Air Madagascar. Y voyant une occasion de participer au développement de son pays natal (il voulait également se rattraper d’avoir lâché son pays au profit d’un autre confiera-t-il bien plus tard), Hery Laynandrasana accepte le poste.

Mais loin des espérances d’Air China, mettre un « expatrié » malgache au poste de DG n’a pas eu d’impact positif sur les tensions à Madagascar. Pire, pour l’opinion publique, ce « traitre » et expatrié était considéré comme inapte à comprendre les soucis propres aux malgaches. Le staff dirigeant d’Air Madagascar n’a d’ailleurs pas caché son animosité face à ce nouveau venu parachuté au plus haut poste de la société. Durant les premières semaines, les coup bas et autres bâtons dans les roues ont fait son quotidien.

Au bout d’un premier mois chaotique, Hery Laynandrasana annonce finalement ses mesures :

Gel des avantages sociaux des employés : Le surcoût « social » des activités plombent les finances de la société, notamment les « GP » ou « billets à prix réduit » pour les employés. Les personnes abusant de ce type de billets, généralement affairistes, sont les premiers à monter au créneau pour dénoncer cette décision.

    • Vente de l’Airbus A330 achetés et arrêt de la location des autres Airbus. La stratégie était alors de consolider le réseau régional Océan Indien, en se détachant totalement des longs courriers. En réduisant la cible, la compagnie visait la restauration de la qualité avant de revenir vers la quantité.
    • L’argent des ventes et l’économie réalisés sur l’arrêt des locations seront utilisé pour la formation de l’ensemble du personnel et l’achat/renouvellement de nouveau matériel.
    • Limogeage de l’ensemble des dirigeants et recrutement de personnes qualifiés : l’objectif était simplement de libérer les postes obtenus souvent par copinage et d’embaucher des personnes qualifiées. La politique de « bi-nationalité » toute neuve d’Air Madagascar répartie les postes de cadres dirigeants entre malgaches et chinois. De jeunes (et moins jeunes) issus de grandes écoles internationales, mais aussi locales intègrent alors la société. Deux anciens cadres dirigeants sont même reconduits à leurs postes grâce à leurs bons résultats durant les années de crises.
    • Etc.

Comme on s’y attendait, les mesures prises ont été très mal perçues, et le nombre de réactionnaires a doublé. Mais si ces axes ont été mal accueillis durant les premiers mois qui suivirent, la montée en force de ces mêmes réactionnaires a été coupé net dès lors que les premiers résultats positifs de la stratégie firent surface.

Lire Air Madagascar – 15 ans plus tard [Part 3]

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5 Commentaires

  1. Andrea

     /  16 octobre 2012

    Suis-je la première à lire ceci?
    En tous les cas la première à en sourire.
    Tout simplement parce que c’est bien la première fois qu’un article, fiction ou pas (ahhh la nostalgie de la doloréane et du professeur foldingue..mais je m’égare).
    La première fois disais-je que l’on pense à Air Madagascar au futur.
    La première fois que l’on oublie de cracher, critiquer et insulter , pour faire autre chose: penser, poser des hypothèses, les dérouler. Bref, le boulot de tous ceux qui sont trop forts pour faire autre chose que blablater.
    La première fois aussi, (que je sois d’accord avec le scénario ou pas) que l’on oublie que dans une compagnie, quelle que soit la politique du pays, et d’ailleurs, quelle que soit la compagnie tout court, ce sont ses hommes d’abord, qui en font la force , s’ils rament assez tôt.

    Et donc. et bien, et donc, merci.

    Réponse
    • Merci Andréa !
      Car si beaucoup l’ont lu, peu commente !
      Il est vrai que la vision de l’avenir voire du passé et du présent diffère d’un individu à un autre. Effectivement, on peut ne pas être d’accord, après tout, tout ce que je relate ne sont que des vues de l’esprit.
      Mais comme tu (je peux te tutoyer?) le souligne, l’essentiel et de faire plus que « critiquer ». Il s’agit surtout de « rêver ». Et « rêver » c’est commencer par réfléchir !
      A bientôt pour la suite ! 😉

      Réponse
  2. Andrea

     /  16 octobre 2012

    et bien à bientôt ! 🙂 le tutoiement favorisant l’échange et non la familiarité, oui, tu peux! . Ps: je suis preneuse pour une Doloréane avec un tableau fonctionnel 😀

    Réponse
  1. Air Madagascar – 15 ans plus tard [Part 1] « République de Malgachie
  2. Air Madagascar – 15 ans plus tard [Part 3] « République de Malgachie

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